Selon la tradition locale, Claude Deplan, ressortissant de Progens, descendait avec son attelage de Châtel-st-Denis à Vevey, lorsque tout à coup, au lieu-dit "Es Ecueys", une avalanche de pierres se détachât du "Rocher de la Dame blanche" et fondit sur lui. Un immense bloc s'enfonça en terre, sur sa droite, tandis que des pierres plus petites passaient devant et derrière lui sans l'atteindre. Miraculeusement préservé d'une mort certaine, Deplan fit le vœu d'ériger une chapelle et de la doter d'une messe mensuelle.
Quand ce fait s'est-il produit ? Nous ne pouvons pas le savoir exactement. Claude Deplan a-t-il de suite mis son vœu à exécution ? Ce point reste également dans l'ombre.
Malheureusement, les premiers documents qui font mention de la chapelle de St-Barthélemy ne parlent ni du vœu, ni de la protection miraculeuse dont le fondateur aurait été l'objet. Faut-il rejeter cette tradition et la ranger dans le domaine de la légende ? Nous ne le pensons pas, car les vieilles familles de Progens ont conservé avec un soin particulier le souvenir de ce fait. Si ce témoignage n'est pas irrécusable, il garde cependant sa valeur. On peut regretter que le notaire, Martin Perrin, qui, en 1682, rédigeait l'acte de fondation des messes mensuelles, ait dit simplement que Claude Deplan avait érigé sa chapelle mu par une "inspiration divine". Quoiqu'il en soit, le fondateur de la chapelle de Progens est connu : c'est Claude Deplan, fils d'Aymon, qui l'a construite, en l'an 1677, sur sa propriété.
Le premier acte qui fasse mention de ce nouveau lieu de culte est un règlement de l'Evêque de Lausanne daté du 17 juillet 1677. Mgr de Strambino y ordonne de dire tous les mois, une messe dont la rétribution est fixée à six baches. C'est le curé de St-Martin, ou un prêtre à sa convenance qui doit célébrer ces messes, après les avoir annoncées à l'église paroissiale. Il est prévu que pour la "maintenance" de la chapelle, Claude Deplan donnera, après son décès, la pièce de terre qu'il possède au "Clos à Janin".
Un autre article stipule que les offrandes déposées en dehors de l'autel seront destinées aux réparations futures; elles appartiendront au fondateur, qui en restera le maître tant qu'il n'y aura pas de chapelain; l'Evêque reconnaît à Claude Deplan le droit de patronage, car il "pourra donner ladicte Chapelle auquel prestre qui luy plairat".
Enfin la commune de Progens donne les garanties suffisantes pour assurer soit la permanence de la fondation des messes, soit la maintenance de la chapelle.
Une chapelle s'élève dans le petit village de Progens. Elle est construite en pierres et recouverte de bardeaux. Elle est bien modeste, puisque soixante personnes à peine peuvent y trouver place. Son clocheton devra attendre encore de longues années, jusqu'en 1743, pour recevoir la cloche chargée d'appeler à l'office divin les communiers de Progens et leurs voisins immédiats.
Durant l'automne 1730, les communiers de Progens adressaient une supplique à "la très Illustre et Révérendissime Cour de l'Evêché de Lausanne "pour demander un prêtre à demeure". La requête donne les motifs : nous avons une chapelle et quelques rentes et nous sommes fort éloignés de notre église paroissiale "dans un endroit élevé entre deux eaux (la Mionnaz et la Rogigue) que souvent "l'on ne peut traverser que très difficilement"; nous sommes "d'ailleurs voisins des montages, où il tombe une prodigieuse quantité de neige, tellement qu'en temps d'hiver les chemins se trouvent impraticables et fermés, quelquefois pendant plusieurs semaines". Ayant un prêtre sur place, il sera plus facile à chacun de recevoir les sacrements et les malades ne seront pas en danger de mourir sans le secours de la Religion. Les suppliants réservent évidemment les droits de l'église paroissiale et du "Seigneur curé de cette paroisse".
Cette requête fut présentée, le 22 novembre 1730, à la Cour épiscopale, qui décida d'attendre le retour de l'Evêque absent et de demander l'avis du curé de St-Martin. Les choses en restèrent là...
Une nouvelle tentative de fonder la chapellenie eut lieu en 1766, demande qui fut refusée par Monseigneur. Cependant, trente ans plus tard, Catherine Jaccoud de Fiaugères par un codicille apposé à un testament légua mille écus petits pour établir un bénéfice d'un Révérend chapelain en la dévote chapelle de St-Barthélemy et imposa la charge de sept messes par an. Désormais, les gens de Progens pouvaient aller de l'avant. La certitude d'avoir dans la suite les mille écus, venant s'ajouter aux capitaux que possédaient déjà la chapelle, leur laissait entrevoir, un entretien convenable de leur chapelain. Le 30 mars 1797, Monseigneur J.B. d'Odet d'Orsonnens, évêque de Lausanne, a signé l'acte canonique d'érection du Bénéfice de la vénérable chapelle de Progens. La bienfaitrice Catherine Jaccoud mourut en octobre 1821 laissant la jouissance de sa fortune à son mari. Mais le 19 octobre, le notaire décréta une disposition dernière de la défunte datée du 29 août 1819 portant le transport à la Fabrique de l'église de Saint-Martin des mille écus donnés à la chapelle de Progens. On imagine difficilement la surprise, l'indignation, la colère des gens de Progens à la suite de cette déception. Il fut attendre jusqu'en 1825 pour trouver une solution qui satisfît les deux parties, la Commune de Progens trop pauvre ne pouvant soutenir un procès accepta la transaction qui lui accordait deux cents écus. Sur cette somme, elle préleva 150 livres pour ses débours et 25 libres pour la fondation d'une messe en faveur de la donatrice. Le solde, soit 225 livres, était destiné au fonds de l'entretien de la chapelle.
En 1835, Progens comptait près de 200 âmes. La chapelle était modeste, elle contenait une soixantaine de places. Elle était donc manifestement insuffisante pour satisfaire aux besoins religieux de la population. De plus, elle tombait en ruine. En 1816 déjà, lors de la visite pastorale du 26 septembre, Mgr Yenny avait prescrit d'effectuer à la chapelle les réparations convenables, de construire un confessionnal et d'établir une sacristie. Nous ignorons dans quelles mesures ces ordonnances furent exécutées. Mais vingt ans après, le 4 décembre 1838, l'assemblée communale de Progens décida, par quatorze voix contre une, l'édification d'une chapelle en remplacement de celle qui tombait en ruines.
Le plan de la nouvelle chapelle fut dressé par le maître-maçon Mossier, de Châtel-st-Denis, sur le modèle de celui de l'église de Cernait qu'il avait exécuté sous la direction de M. Weibel, architecte. La pose de la première pierre eut lieu en 1843 et la chapelle fut terminée l'année suivante en 1844. La longueur totale de l'édifice est de 23 mètres et sa largeur de 11.5 mètres. Le clocher atteint 23 mètres, 150 personnes peuvent trouver place dans le sanctuaire. La chaire est en gypse marbré, de même que les autels, qui, semble-t-il, ont été construits un peu plus tard, puisqu'ils ne figurent pas sur le devis. Les tableaux des petits autels, représentant, l'un, la Vierge Marie portant l'Enfant-Jésus, l'autre, l'apôtre Saint-Pierre, ont été peints, en 1853, par Xavier Zürcher, de Zoug, élève de Deschwanden. Le maître-autel aujourd'hui surmonté d'une statue du Sacré-Cœur, se terminait alors par une simple croix dorée. Les grandes dalles de mollasse qui recouvraient le sol de la chapelle provenaient des carrières de "la Savoyarde", situées sur la commune de Vaulruz.
Extrait du livre Progens son histoire De Gaston Bourgoin Ouvrage édité à l'occasion du jubilé de la Caisse Raiffeisen de Progens