Chapelle de Notre Dame des Neiges

Notre Dame Des Neiges, dédiée à saint Bernard de Menton, fait partie du paysage des Paccots, dont elle symbolise la destinée présente. Elle répond à une nécessité et le bon curé Kolly en a senti le besoin en fournissant aux hôtes des Paccots, aux alpinistes, aux skieurs, aux touristes et aux armaillis, le moyen de remplir leurs devoirs religieux. Elle fut érigée, en 1935 et l'architecte Dumas sut concevoir un édifice d'une élégante simplicité, en pleine harmonie avec le décor alpestre. Sa construction fut menée rapidement puisque selon le " bulletin paroissial " dédié au curé Kolly, en 1953, elle " fut debout " en 28 jours, grâce au travail des jeunes de l'Avenir. Avec leur directeur, M. l'abbé Fischer, ils consacrèrent le soir, après leur journée de travail, de nombreuses heures au terrassement. Beaucoup d'autres personnes collaborèrent également à l'érection de cette chapelle.

Il fut agrandi au début des années 70. En 2007, il fut décidé de créer un espace de convivialité au niveau du porche. La chapelle Notre Dame des Neiges a déjà fêté son 50ème anniversaire. En cet honneur, elle a été agrandie et restaurée, tout en gardant son cachet de fleur de montagne à la gloire de la Vierge Marie. Comme les cathédrales du Moyen âge, mais à sa manière, humblement, elle veut être, selon le vœu de ses constructeurs, in catéchisme en images. Ouvrons-en les pages. Les peintures d'abord. Deux grandes fresques de Gaston Thévoz ornent la chapelle. Celle du chœur est dédiée, comme il se doit, à Notre Dame des Neiges. Ce vocable rappelle une antique et gracieuse légende populaire ; un noble romain, favorisé d'une vision de Marie, aurait fait construire sur la colline de l'Esquilin à Rome, à un emplacement marqué miraculeusement par une couche de neige, tombée le 5 août. Cette église, qui date du 4ème siècle, a été rebâtie au siècle suivant et dédiée à Maria dont le Concile d' Ephèse venait de proclamer le titre de Mère de Dieu. C'est l'actuelle Sainte-Marie-Majeure. Les sportifs qui fréquentent la station des Paccots peuvent invoquer Notre Dame des Neiges. Gaston Thévoz s'est inspiré librement, selon l'interprétation traditionnelle de l'Apocalypse, qui montre un signe grand et merveilleux dans le ciel : une femme enveloppée dans le soleil et la lune au-dessous de ses pieds. Elle tient dans ses bras son enfant qu'elle offre au monde. Un grand manteau, tenu ouvert comme une chape par deux anges, laisse descendre des étoiles de lumière et invite les chrétiens à se réfugier sous sa protection. Un serpent qui montre sa tête rappelle le texte de la Genèse : " Une femme t'écrasera le tête " La puissance du mal est vaincue par Celle qui donnera au monde le Sauveur. Autour, quatre scènes de la vie de la Vierge :

 

L'Annonciation : où Marie accepte librement ce que lui demande l'envoyé de Dieu : " Je suis la servante du Seigneur ". La Nativité : Marie et Joseph en adoration devant le berceau de Celui que les cieux ne peuvent contenir. La Pietà : Marie reçoit dans ses bras le corps sanglant de son fils. Le Couronnement de Marie dans le Ciel : la glorification de Celle qui a cru aux paroles qui lui avaient été dites de la part du Seigneur. Toute la théologie catholique sur la Vierge est ainsi résumée en images. C'est la magnificence de Dieu qui est source de la grandeur dont est revêtue Marie. Elle a tout reçu de celui qui est l'auteur de tout bien. Elle n'est là que pour Jésus ; elle ne l'a reçu que pour donner. C'est lui qui compte. Toute la grandeur de Marie est exprimée dans ce titre unique : elle est la mère de Jésus qui est Dieu.

Sous le porche qui fait transition entre les soucis extérieurs et le calme recueilli de la chapelle, une peinture murale rappelle que Saint Bernard du Mont-Joux est le Saint patron des alpinistes et des skieurs, comme il était le patron du curé Kolly, l'artisan principal de la chapelle, en 1935. Le mont Jovis(montagne de Jupiter) aujourd'hui Grand-Saint-Bernard, était un des passages des Alpes les plus utilisés. Les Romains y avaient bâti un temple au Père des Dieux.

Mais un jeune noble, né à Menthon, en Haute-Savoie, devenu religieux chez les chanoines d'Aoste, se voua à l'évangélisation des hautes vallées alpestres et fonda deux hospices sous la règle de saint Augustin, au Grand-Saint-Bernard et au Petit-Saint-Bernard. Le Saint est représenté en prière, les mains jointes, regardant le ciel ou deux anges portent sur un nuage la maquette de l'hospice dans le paysage du col du Grand-Saint-Bernard. A ses pieds, les statues brisées des deux païens et le diable grimaçant enchaîné. De l'autre côté, derrière deux des célèbres chiens, des skieurs, où l'on reconnaît l'autoportrait de l'artiste, des bûcherons, une paysanne en " dzaquillon " sont en prière, en invoquant saint Bernard.

 " Saint Bernard, qui avez chassé définitivement des hauts cols des Alpes le diable nuisible aux passants, préservez de tout mal, et du corps et de l'âme, ceux qui s'aventurent dans la montagne...Et, si tel n'est pas le dessein de la Providence qu'ils échappent au fléau, faites-leur du moins la mort douce dans leur cercueil de glace et donnez-leur le temps du repentir. Amen, ainsi soit-il ! "

Gaston Thévoz, artiste fribourgeois, originaire de Delley (Broye) est né à Fribourg, le 5 septembre 1902. Bachelier es lettres de Collège Saint Michel, il commence le droit à l'Université de Fribourg avant de se tourner vers les beaux-arts. Il entame sa formation'artiste à l'Ecole des arts et métiers de Fribourg ( 1926-1927) où il suit les cours de Hiram Brülhart, se perfectionne ensuite durant quatre ans à Paris, à l'Ecole nationale des Beaux-arts et à l'Académie Moderne (Fernand Léger). Il fréquente aussi l'atelier André Uhote. En 1929/30, il suit les cours de l'Académie royale d'Andalousie à Séville/Espagne. Plusieurs voyages en Europe : Après l'Espagne, Gaston Thévoz se rend à Venise, dans les Carpates, au Maroc ou encore au Tessin. C'est en 1936, alors qu'il travaille à la chapelle des Paccots, qu'il rencontre Marguerite, née Von Pietsch, alors élève du cours de français à l'Institut Saint François de Sales à Châtel-St-Denis. Marguerite, dite Zouzou, était venue en Suisse par une filière hongroise initiée par deux compatriotes, appartenant à une congrégation de franciscaines. Gaston l'épouse à Cagne-sur-Mer en octobre 1937.

Fribourg, terre de prédilection : En 1934, il est agréé membre de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses. Avec Alexandre Cingria, il est aussi un des animateursdu Groupe de St Luc. Gaston Thévoz expose régulièrement en terre fribourgeoise, notamment au Musée d'art et d'histoire (1943) et à l'Université de Fribourg. (1947) où il rencontre un franc succès dans la presse régionale. De 1935 à 1945, il est le locataire de l'Etat dans la maison dite " du bourreau ", à la Lenda, Fribourg. Elle supporte une fresque de St Martin qu'il réalisa en 1945. La même année, l'artiste emménage à Villars-sur-Glâne dans une maison construite par ses soins (actuellement route de Cormanon 41). Trois ans plus tard, le 17 octobre 1948, il meurt brusquement, à 46 ans, d'une infection pulmonaire.

Le mobilier est l'œuvre d'un artisan artiste de Châtel-St-Denis, M. Cyprien Genoud. Il comprend l'autel, l'ambon, le tabernacle, les deux bénitiers et les poignées de la porte d'entrée.

Le panneau de la chaire représente une graine qui, grandissant, traverse un livre et devient un grand arbre de vie. Il n'est pas difficile d'y voir l'illustration de la parole du règne de Dieu, qui comme la graine de moutarde, grandit jusqu'à permettre aux oiseaux de nicher dans ses branches. Le message de Jésus n'est pas donné comme une potion magique qu'il suffit d'avaler, mais comme une force de vie. L'Evangile ne s'impose pas par les armes mais par son dynamisme interne. Ce message unique nous est révélé sous quatre formes par les quatre évangélistes, dont les symboles ornent les angles du panneau

Le miracle de l'amour de Dieu est rappelé sur le panneau de l'autel par un panier de pains et deux poissons, à l'imitation de l'image que l'on voit avec émotion sur une mosaïque de Tabga en Palestine, lieu traditionnel de la multiplication des pains. Si l'on se souvient que le poisson était le signe de ralliement des premiers chrétiens parce que les lettres du mot " ichtus "(poisson) représente le monogramme du Christ, fils de Dieu Sauveur, on comprend la richesse de ces symboles.

Ces symboles sont repris sur la porte du tabernacle : une grappe de raisin et un épi de blé rappellent que Jésus est vraiment présent d'une manière mystérieuse mais réelle sous les apparences du pain et du vin. Et, comme dit la prière eucharistique, " Seigneur, envoie ton esprit sur ce pain et ce vin pour qu'ils deviennent le Corps et le Sang de ton fils Jésus-Christ, notre Seigneur ". C'est par la puissance de l'Esprit- Saint que s'accomplissent ces mystères. Aussi le symbole de la troisième personne de la Sainte Trinité est-il présent dans la chapelle sous la forme d'une flamme dans la lampe du sanctuaire et à l'entrée de la chapelle, sur les poignées de la porte, sous la forme d'une colombe ; il l'est de même sur les bénitiers, car c'est sa puissance qui est invoquée sur cette eau qui rappelle le baptême.

Les œuvres de M. Cyprien Genoud sont visibles un peu partout à Châtel-St-Denis et ailleurs, les tables ciselées du café Tivoli par exemple. Les magnifiques armoires fribourgeoises n'ont plus de secrets pour lui. Mais le plus bel ouvrage de M. Cyprien Genoud reste sans aucun doute sa propre maison, juste derrière l'église. Toutes les boiseries ciselées et en marqueterie ont été refaites de ses mains. Un vrai travail d'orfèvre.

Il faut enfin faire allusion aux vitraux, dus à l'artiste Yoki, dont les dessins non figuratifs créent une ambiance recueillie et conduisent, par un jeu subtil de couleurs, vers l'éclatement de la fresque Notre Dame. Ainsi les paroissiens des Paccots, les touristes et les visiteurs peuvent prier sur de la beauté et approfondir leur foi en lisant ce catéchisme en images.

Yoki est né à Romont le 21 février 1922. Emile Aebischer dit " Yoki " travaille dès 1938 dans l'atelier de l'architecte Fernand Dumas. C'est l'époque du renouveau de l'art sacré, animé en Romandie par des artistes comme Severini et Cingria, qui encouragent ses premières créations. Il fréquente à Zürich l'atelier de Germaine Richier et, dès la fin de la guerre, celui de Lhote à Paris. Il travaille ensuite avec Maurice Barraud pour l'Université de Fribourg. Après s'être révélé comme peintre de chevalet, il entame une carrière consacrée à l'art appliqué en devenant essentiellement verrier et tour à tour fresquiste, mosaïste et licier. Dès 1949, il exécute de nombreux vitraux et des décorations murales pour des églises et des édifices en Suisse et en France, comme aussi en Allemagne, en Angleterre, en Israël, en Italie et en Afrique. Créateur, à Nazareth, de vitraux pour la coupole de la basilique, il réalise plus récemment ceux de l'église du Sacré-Cœur de Bâle, de Corsier-Vevey, de Châteauneuf-de-Galaure en France.

A Châtel-St-Denis, la chapelle du Scé a été ornée, en 1954, de vitraux de Yoki, consacrés, les quatre de la nef à la vie de Marie, celui du chœur à son couronnement et enfin(1956) celui de la porte, à la Vierge protectrice. L'institut St François de Sales a également placé dans sa chapelle, en 1953, deux vitraux de Yoki, d'une heureuse harmonie de couleurs. Ils célèbrent le rôle de Marie dans la rédemption. En 1986, l'artiste fribourgeois deux nouvelles pièces lumineuses aux couleurs chaudes et claires.

La chapelle Notre Dame des Neiges, petite perle au cœur des Paccots, garde dans ses murs, l'empreinte du grand dévouement des prêtres, présidents, sacristains, fleuristes, en passant par les artistes et des entreprises généreuses, qui ont œuvré pour que ce lieu de paix, de recueillement, de rencontre, soit un endroit béni ou l'on puisse retrouver Jésus et sa mère dans une grande quiétude.

C'est avec reconnaissance que nous pensons à eux.

Bénédiction de l'orgue

De généreux mécènes, entrepreneurs dans la région, MM. Gérard et Marcel Vauthey ainsi que M. Coquoz ont concrétisé un grand souhait, permettant ainsi à la chapelle des Paccots une ouverture vers certains concerts.

Cet orgue, construit par le facteur d'orgues, Jean-Daniel Ayer, en 1985, a servi de continuo (orgue d'accompagnement) pour des concerts avec orchestre ou pour l'accompagnement de chorales. Il a aussi servi comme orgue de remplacement. Cet orgue se compose de trois jeux sur un clavier. Sa composition est la suivante : Bourdon 8`, Flûte 4`et Doublette 2`. Des volets mobiles actionnés manuellement sont disposés au dessus du buffet et servent de boîte expressive.

En 2011, la partie intérieure de l'instrument, le mécanisme, les tuyaux et la soufflerie ont été entièrement révisés. Un nouveau buffet en chêne a été réalisé. Son esthétique a été définie en rapport avec le mobilier existant de la chapelle.

Le samedi 12 novembre 2011, la Cécilienne renforcée, sous la direction de M. Marcel Dorthe nous a gratifié d'un concert inaugural de première force. En présence des généreux donateurs, le chœur s'est investi dans un programme que le public, quelque peu clairsemé, a apprécié à sa juste valeur. Le nouvel orgue, animé par Dominique Nanchen, nous a laissé entrevoir ses magnifiques possibilités.

Que MM. Gérard et Marcel Vauthez ainsi que M. Coquoz trouvent ici, l'expression de notre reconnaissance pour ce don qui va permettre l'animation de ce lieu si cher à bon nombre de personnes et que l'on peut appeler, " la petite perle des Paccots. "

L'orgue, installé tout dernièrement, est un instrument traditionnel dont le son ajoute un éclat tout particulier aux cérémonies et élève les âmes vers Dieu.

Le dimanche 1er avril 2012, il a été béni lors de la messe dominicale animée, ce jour-là, par la Cécilienne de Châtel-St-Denis, sous la direction de M. Marcel Dorthe, artiste émérite. Au clavier, M. Dominique Nanchen soutiendra l'assemblée, avec tout le talent qu'on lui connaît. Les intérêts de la chapelle sont gérés par une association régie par les articles 60 du Code civil suisse ainsi que par nos statuts. Un comité formé de cinq membres dont font partie le curé de la paroisse et un représentant du conseil de paroisse, s'occupe des affaires courantes. Ouvrages de références : Châtel St Denis, hier et aujourd'hui par M. Albert Genoud - Mgr Waeber - Eglises et Chapelles du canton de Fribourg - Journal " La Gruyère " 3 mars 2007 - un texte de M. l'abbé Georges Rosseti - Annales fribourgeoises vol. 71, 2009 et textes privés. Photos Ancinnes : ·

Photos : M. Kehren - photographe - 1618 Châtel-St-Denis E. Duding